MADAME G. UNE "BANALE" ALLERGIE À LA POMME ?

Madame G., originaire d'Italie, résidant à Lille depuis 4 ans, vient pour une consultation. Elle n’a jamais consulté en allergologie.

Elle ne mange plus de pommes crues depuis 3 ans, en raison de symptômes locaux qui vous apparaissent plutôt modérés bien qu'elle les vive assez mal, et qui suggèrent un banal syndrome de Lessof.

Il y a 3 semaines, elle a présenté une réaction qui lui a rappelé de bien mauvais souvenirs : elle suspecte une tarte Tatin, saupoudrée de noisettes concassées qu'elle avait jusque là toujours parfaitement tolérées, et précise avoir consommé lors de l’apéritif des noisettes et des pistaches.

Dès la fin du repas, elle a présenté une crise d’asthme alors qu’elle n’en avait plus fait depuis son enfance avec une forte conjonctivite et une urticaire péri orale.

Résultats des tests cutanés réalisés :

Il s’agit de prick-tests, réalisés soit avec des extraits commerciaux soit avec des aliments natifs, symbolisés par la lettre « N » qui suit le nom de l’aliment.
Les résultats sont exprimés par deux chiffres représentant en mm les diamètres moyens de la papule et de l’érythème.

Résultats des examens biologiques demandés (tests d’IgE-réactivité) :

rBet v 2 (Profiline) : 4,08 <//font>kU/l ; rBet v 4 (Polcalcine): 7,89 kU/l ;  rBet v 1 (PR-10) : nég ; rPru p 3 (LTP): nég

Question A - Peut-on éliminer un syndrome pollen-aliments via les polcalcines ?

Réponse A

Oui, car il n’y a pas de polcalcines dans les aliments d’origine végétale.


Question B - Peut-on éliminer la responsabilité de sa réactivité pour les profilines ?

Réponse B

Non, car il existe une certaine thermorésistance des profilines.

Mais, bien qu’il ait déjà été décrit des anaphylaxies avec les profilines (elles sont très rares…), cette hypothèse est peu probable en raison de la sévérité de la réaction clinique.


Question C - Vous avez pris la précaution de faire demander au laboratoire de garder du sérum : Quelle biologie complémentaire demandez-vous avant de lui faire vos recommandations ?

Réponse C

La sévérité de la réaction clinique vous incite à chercher du côté d’allergènes connus pour être parfois corrélés à des réactions sévères comme les LTP (Lipid Transfert Protein).
Effectivement, rCor a 8, la LTP de la noisette est positive, à 6, 31 kU/l.
On peut retenir le diagnostic d’allergie à la noisette via les LTP.

Vos recommandations :
Eviction des noisettes crues ou non.
Divers fruits contiennent des LTP, en quantité variable, mais les facteurs en cause dans la réactivité clinique (généralement limitée à un ou quelques rares aliments) ne sont pas encore connus : actuellement, on ne sait pas pourquoi telle personne réactive aux LTP réagira à la pomme et telle autre à la noisette, alors que ces deux aliments contiennent tous deux des LTP…
D’une façon générale on peut rappeler que l’allergie à la pomme en zone méditerranéenne implique volontiers les LTP (voir les profilines…) alors qu’elle concerne plutôt les PR-10 (pathogenesis-related class 10 protein) en Europe du Nord.