POLYSENSIBILISATION POLLINIQUE ?

Paul M., médocain de 35 ans, est gêné depuis 10 ans par une rhinite persistante sévère en mai-juin, partiellement contrôlée par la prise d’un antihistaminique à la demande.
Il n’a jamais fait de bilan.

Il consulte pour une aggravation : il est maintenant gêné de mars à la mi-juillet  par une rhino-conjonctivite persistante avec prurit palatin et pharyngé irradiant vers les oreilles ; les traitements usuels ne le soulagent plus vraiment.

Tests cutanés :

  • Bouleau 5-20 mm
  • Fagacées 5-25 mm
  • 5 Graminées 6-25 mm
  • Plantain 3-15 mm
  • Oléacées 6-20 mm (en Aquitaine, les pollens de frêne sont les seuls pollens des Oléacées suffisamment présents pour pouvoir générer des troubles allergiques)
  • Cupressacées nég
  • Armoise 6-20 mm


Les autres tests cutanés que vous avez réalisés pour des produits naturels allergisants sur le plan respiratoire (DP, DF, chat, chien, latex, alternaria) sont négatifs.

Question A : En l’absence de biologie, quelle interprétation pouvez-vous faire des résultats des tests cutanés ?

Réponse A

Il s’agit d’une polyréactivité pollinique cutanée dont on ne peut dire s’il s’agit, pour chaque réponse positive, d’une sensibilisation ou d’une réactivité croisée…
On peut toutefois supposer, car c’est le plus probable en Aquitaine, qu’il existe une sensibilisation aux pollens des Graminées et aux pollens des Fagales (bouleau + Fagacées) avec des réactivités croisées pour la plupart des autres pollens.
La positivité pour le pollen d’armoise ne se traduit pas cliniquement, les armoises pollinisant de façon constante en Aout, période asymptomatique pour notre patient.

Pour interpréter correctement ces tests cutanés et pouvoir porter un diagnostic précis, vous estimez avoir besoin d’examens biologique.

Question B - Peut-on éliminer la responsabilité de sa réactivité pour les profilines ?

Réponse B

rPhl p 1 et 5 : 6.78 kU/l
rPhl p 12 : 7.98 kU/l
rBet v 1 : nég
nOle e 1 nég (on aura fait garder du sérum en vue d’un test IgE à la Broméline si nOle e 1 avait été positif car ce test est soumis à une réactivité CCD. Il n’est donc interprétable qu’en cas de négativité ou, s’il est positif, en cas de négativité du test broméline)
On peut se passer de nArt v 1 car l’armoise pollinise en Aout, période asymptomatique comme il est précisé plus haut.

Question C : Vous avez les résultats des tests cutanés et ceux de la biologie : Quel diagnostic portez-vous ?

Réponse C

Allergie aux pollens :

 

  • Fagales via les profilines, (en effet le patient est gêné dès le mois de Mars alors que les pollens de Graminées ne sont habituellement pas encore présents, sauf conditions météo particulières).

On ne peut écarter une allergie aux pollens de frêne via les profilines puisque le patient est gêné dès le mois de Mars.
Cette réaction croisée bouleau-frêne a particulièrement été étudiée par l’équipe Strasbourgeoise (G.Pauli) ; les périodes de pollinisation de ces deux arbres se chevauchant et les bi positivités étant fréquentes en tests cutanés.
Nous ne disposons pas du test rFra e 1(Fra e 1 est l’allergène principal du pollen de frêne, une Ole e 1-like). Seul nOle e 1 est disponible, malheureusement soumis à une réactivité CCD, et donc fréquemment ininterprétable pour cette raison en cas de positivité pour le test broméline.
Il peut également s’agir d’une simple réactivité croisée avec les pollens de Graminées via un allergène non encore identifié comme l’a déjà montré Baldo en 92. En effet les réactivités croisées Graminées-Oléacées sont fréquentes pour les tests cutanés, sans signes cliniques pendant la pollinisation du frêne (débutant généralement en Mars dans le sud-ouest, et plutôt en Avril dans la moitié nord de la France).
Rappel botanique : le genre Fraxinus comporte trois représentants en France.
Fraxinus excelsior, grand arbre au bois réputé des milieux frais.
Fraxinus angustifolia, le frêne à feuilles étroites, très courant dans le Sud-ouest. Fraxinus ornus, le frêne à fleurs, fréquent dans le midi.

  • Graminées via les allergènes importants des groupes 1 et 5 et les profilines.

Probable simple IgE-réactivité sans pertinence clinique pour des allergènes d’armoise, du plantain (sinon la profiline, mais la diffusion des pollens de plantains est essentiellement entomophile…).

Question D : Ces résultats étaient-ils prévisibles ou bien appellent-ils un commentaire particulier ?

Réponse D

La pertinence clinique des profilines est bien établie sur le plan alimentaire.
Elle est moins documentée sur le plan respiratoire, et probablement plus rare.
Metz-Favre C, Pauli G, Castro L, Valenta R, de Blay F. Demonstration of Bet v 2 responsibility in birch-induced symptoms. Allergy 2009;64(Suppl. 90):508

Sur le plan thérapeutique, une immunothérapie pourrait être envisagée dans la mesure où l’extrait de pollens de Graminées que l’on utiliserait contiendrait les allergènes naturellement présents dans les pollens, notamment les groupes 1 et 5, ainsi que les profilines dans le cas présent.